Quand on analyse un bien destiné à la location courte durée, le taux d’occupation fait partie des chiffres qui pèsent le plus lourd dans le résultat final.
Quelques points en plus, et le projet paraît solide.
Quelques points en moins, et l’équilibre devient tout de suite plus fragile.
C’est précisément pour cela qu’il faut traiter cette donnée avec sérieux.
Le problème, c’est qu’un taux d’occupation se prête facilement aux raccourcis. On peut le surestimer sans mauvaise intention :
- parce qu’on aime le bien ;
- parce que la ville semble dynamique ;
- parce que quelques annonces affichent un calendrier bien rempli ;
- ou parce qu’on part de l’idée que “ça devrait bien marcher”.
Or, un taux d’occupation crédible ne se devine pas.
Il se construit.
Pourquoi ce chiffre change autant la lecture d’un bien
Le taux d’occupation agit directement sur le chiffre d’affaires annuel.
Un bien affiché à un prix moyen correct peut produire un revenu satisfaisant si son taux de remplissage suit. Le même bien, avec une occupation plus faible, peut donner une lecture beaucoup plus tendue.
C’est donc un chiffre simple en apparence, mais structurant dans l’analyse.
Et comme il influence fortement le résultat, il mérite mieux qu’une approximation optimiste.
L’erreur la plus fréquente : partir d’une impression générale
Beaucoup d’investisseurs raisonnent ainsi :
- la ville attire du monde ;
- la demande semble présente ;
- les annonces sont nombreuses ;
- donc le logement devrait bien se louer.
Ce raisonnement n’est pas absurde, mais il reste trop général.
Un marché peut être actif sans garantir le même remplissage à tous les biens. Deux logements situés dans une même ville peuvent obtenir des résultats très différents selon :
- leur emplacement précis ;
- leur capacité ;
- leur niveau de gamme ;
- leur décoration ;
- leur positionnement tarifaire ;
- leur qualité d’annonce ;
- et leur régularité d’exploitation.
Autrement dit, un bon marché local aide, mais il ne suffit pas à fabriquer un bon taux d’occupation.
Commencer par observer des biens vraiment comparables
La meilleure base de travail consiste à regarder des logements qui ressemblent réellement au vôtre.
Pas seulement :
- dans la même ville ;
- ou dans le même quartier.
Mais aussi :
- avec une taille proche ;
- une capacité proche ;
- un niveau de confort comparable ;
- un style de prestation voisin ;
- et un positionnement tarifaire cohérent.
C’est cette comparaison qui permet de sortir d’une lecture trop vague du marché.
Un studio simple, un appartement familial bien décoré et un logement premium peuvent coexister dans la même zone tout en ayant des niveaux de remplissage très différents. Mélanger ces références conduit vite à des estimations trompeuses.
Regarder l’année telle qu’elle est, pas telle qu’on voudrait qu’elle soit
Un autre piège fréquent consiste à imaginer un taux d’occupation uniforme sur toute l’année.
En pratique, la location courte durée vit rarement de cette manière.
Selon les villes et les biens, l’activité dépend :
- des saisons ;
- des vacances ;
- des week-ends ;
- des déplacements professionnels ;
- des événements locaux ;
- ou de quelques périodes très fortes qui portent une grande partie de l’année.
C’est pourquoi un taux annuel crédible se construit mieux si l’on regarde d’abord le rythme réel du marché.
Un bien peut très bien :
- très bien tourner quatre mois ;
- se défendre correctement pendant quelques périodes intermédiaires ;
- et ralentir nettement le reste du temps.
Ce profil n’interdit pas l’investissement. Il demande simplement une lecture plus juste.
Le prix et l’occupation vont ensemble
On ne peut pas estimer correctement un taux d’occupation sans tenir compte du prix moyen par nuit.
Ces deux données forment un couple.
Un tarif ambitieux peut ralentir le remplissage.
Un tarif plus bas peut améliorer l’occupation, sans forcément améliorer la qualité économique du projet.
C’est pour cela qu’un bon taux d’occupation ne doit jamais être choisi isolément. Il doit être cohérent avec :
- le marché ;
- le bien ;
- et le niveau de prix retenu.
Un logement annoncé trop cher peut rester partiellement vide.
Un logement affiché trop bas peut se remplir davantage, mais au prix d’un revenu moins intéressant qu’espéré.
La bonne question n’est donc pas seulement :
“Combien de nuits puis-je louer ?”
Elle devient plutôt :
“Combien de nuits puis-je louer à un prix cohérent avec le bien ?”
Les indices qui aident à construire une hypothèse sérieuse
Pour approcher un taux d’occupation plus crédible, il faut croiser plusieurs indices.
Par exemple :
- la tension locative de la zone ;
- la régularité apparente des réservations sur des biens comparables ;
- la saisonnalité locale ;
- la présence d’une clientèle professionnelle, touristique ou mixte ;
- le niveau de concurrence ;
- la durée moyenne des séjours ;
- et la sensibilité du marché au prix.
Aucun de ces indices ne donne à lui seul un taux exact. En revanche, leur croisement permet d’éviter les chiffres choisis au hasard.
Le bon réflexe : raisonner par fourchette avant de fixer un chiffre
Au lieu de chercher immédiatement “le bon taux exact”, il est souvent plus intelligent de commencer par une fourchette.
Par exemple :
- une hypothèse basse ;
- une hypothèse centrale ;
- une hypothèse haute mais crédible.
Cette méthode permet de mieux voir :
- la marge de sécurité du projet ;
- sa dépendance à un bon remplissage ;
- et sa résistance quand les hypothèses se tendent un peu.
Elle évite aussi de donner trop tôt une valeur précise à un chiffre qui, par nature, comporte toujours une part d’incertitude.
Ce qu’un taux d’occupation crédible doit permettre de faire
Le bon taux d’occupation n’a pas besoin d’être flatteur.
Il doit surtout être utile.
Un bon chiffre doit permettre :
- de construire un chiffre d’affaires défendable ;
- de tester le bien dans plusieurs scénarios ;
- et de juger si le projet reste cohérent sans dépendre d’un remplissage idéal.
En clair, il doit aider à décider.
Pas à rassurer artificiellement.
Les signaux d’une estimation trop optimiste
Un taux d’occupation est probablement trop généreux lorsqu’il repose surtout sur :
- un enthousiasme général pour la ville ;
- quelques annonces très performantes ;
- un calendrier observé sur une courte période ;
- un alignement idéal entre prix, demande et exécution ;
- ou une envie plus ou moins consciente de faire fonctionner le projet.
Ce sont des signaux classiques. Ils ne signifient pas que le bien est mauvais. Ils signifient surtout que l’hypothèse mérite d’être resserrée.
Une méthode simple pour rester lucide
Avant de retenir un taux d’occupation, posez-vous ces questions :
- sur quels biens comparables est-ce que je me base ?
- est-ce que mon hypothèse tient compte de la saisonnalité ?
- est-ce qu’elle reste cohérente avec le prix moyen retenu ?
- est-ce qu’elle resterait défendable si je devais l’expliquer à quelqu’un d’extérieur au projet ?
Si la réponse devient floue, il est souvent préférable de revenir à une hypothèse un peu plus prudente.
En résumé
Estimer un taux d’occupation crédible en location courte durée consiste à :
- observer des biens vraiment comparables ;
- tenir compte du rythme réel de l’année ;
- relier le remplissage au positionnement tarifaire ;
- travailler par fourchette avant de fixer une hypothèse centrale ;
- et garder une lecture suffisamment lucide du projet.
En clair :
un bon taux d’occupation ne se choisit pas pour rassurer. Il se construit pour aider à décider avec plus de justesse.
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Rentable ? : La méthode pour analyser un bien en location courte durée
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